"J'ai cru perdre mon identité en perdant ma boîte"

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Le journal de Laetitia Chabannes

Bossie n°1

L’échec entrepreneurial est une réalité dont on ne parle pas suffisamment. Laetitia a traversé cette période difficile. Elle nous raconte comment, sans tabou.


— 20 Janvier 2016

Cela fait plus de 2 ans que j’ai décidé de quitter le salariat pour monter ma boîte, 2 ans que je travaille quasiment tous les jours de la semaine, 2 ans que je n’ai pas pris de vacances. Mon associée a décidé deux mois plus tôt de quitter le projet et je me suis retrouvée à monter cette entreprise en solitaire, elle que j’avais imaginée au départ seule.

Ce matin, comme déjà plusieurs matins, je n’ai pas envie. Pas envie de me lever, pas envie d’aller travailler, pas envie de discuter avec les gens de mon incubateur, pas envie de parler de mon projet, What if Community. Mais ce matin, j’ai admis que je n’étais pas obligée. Finalement je suis la seule à décider si je souhaite oui ou non continuer à le faire vivre. Et que j’ai le droit de dire non.

— 25 Janvier 2016

Évidemment une fois que j’ai dit ça, c’est plus facile à dire qu’à faire. Parce qu’une fois que c’est dit, je sais que ça deviendra réel. Avant j’ai toujours la possibilité de changer d’avis, personne n’en saura rien. Après, cela ne sera plus possible.

Se lever le matin continue à être un déchirement et pourtant je ne peux rien faire d’autre de mes journées que de procrastiner sur tout ce qu’il reste à faire pour maintenir What if. Je culpabilise d’avoir envie de tout plaquer, j’ai peur du regard et des réactions des gens qui m’entourent.

— 10 Février 2016

Aujourd’hui je me suis donc décidée et j’en ai parlé avec mon incubateur. Finalement le dire a été beaucoup plus simple que je ne l’avais imaginé. J’ai commencé par les personnes les plus proches du projet, c’est-à-dire les responsables de mes incubateurs, les freelances qui travaillaient pour le site et ma stagiaire. Ils n’ont pas été si surpris. Je crois que tous ont perçu mon mal-être de ces derniers mois.

— 16 Février 2016

Je déjeune avec mon mentor demain, un peu stressée. Je ne sais pas comment il va réagir, lui qui m’a dédié tellement de temps chaque semaine pour m’aider à faire grandir le projet. Je sais qu’il y croit vraiment.

— 24 Février 2016

Soirée de clôture de mon incubateur. Léa et Alizée ont accepté que je parle de la fin de l’aventure de What if et des raisons qui m’ont décidée à arrêter. Je les remercies de ce cadeau, même si ça a été beaucoup plus dur que ce que je pensais. J’ai eu la voix tremblante et j’ai bien failli me mettre à pleurer. Tout le monde a fait preuve d’une grande bienveillance à mon égard et de beaucoup d’empathie et de soutien.

Sur le coup je me suis sentie soulagée. Je vais pouvoir arrêter de jouer un rôle, pouvoir passer à autre chose. Je ne suis plus obligée de me présenter comme Laetitia la fille entrepreneure, sociale, indépendante, qui n’a pas peur de prendre des risques, qui bosse beaucoup.

Vous avez lu un extrait de Bossie n°1. Pour lire l’article dans son intégralité, c’est par ici !