"Je ne pensais pas être le genre de filles à faire un tour du monde"

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Le journal d’Emilie Paillous

Bossie n°2

Emilie ne croyait pas être le genre de filles à faire le tour du monde… et pourtant c’est ce qu’elle a fait. Elle nous raconte son aventure.


— 2 Janvier 2016

Mon copain, Ludo, le code, il maitrise. Les mots, moins. C’est comme si Dieu lui en avait donnés un quota et que chaque conversation était une bataille pour en gaspiller le minimum. C’est pour ça que quand il me raconte son envie de faire un tour du monde, je ne comprends pas. La bombe atomique sort de nulle part. Il ne donne pas beaucoup d’explications. L’énergie du Nouvel An, une histoire de cousin qui casse sa tirelire pour acheter un appartement. Il se rend compte que lui aussi a de l’argent de côté mais qu’il veut l’utiliser pour voyager. Avec moi. WTF.

Faire le tour du monde n’est pas du tout un des mes rêves. Comme Ludo, j’aime coder. Je ne fais pas partie de la catégorie les-gens-qui-font-un-tour-du-monde. J’ai une aversion profonde pour les filles d’Instagram qui racontent leur expérience « life changing » de randonnée à la montagne. Mon sport, c’est Netflix sur mon canapé.

Sur le coup, je ne sais trop quoi lui répondre. J’improvise une banalité, « c’est stylé ! », en me disant que l’idée va mourir dans l’œuf.

— 12 Février 2016

Il revient à la charge. Ce projet lui tient vraiment à cœur. Je prends alors conscience que je dois a minima considérer l’idée... Heureusement, j’arrive peu à peu à me projeter. Pourquoi ne pas saisir cette opportunité pour me consacrer en même temps à un projet qui me passionne ? Ce serait l’occasion d’avoir du temps pour apprendre de nouvelles technologies. Je m’imagine à la plage en train de coder une sorte Mapster amélioré, qui permettrait à mes ami·e·s de nous suggérer des lieux à visiter tout au long de notre parcours. Si ce voyage peut booster mon CV, ok. Cette perspective ravit aussi Ludo. On est enfin motivés.

— 16 Octobre 2016

En fait, organiser un tour du monde c’est un cauchemar. Certes, on a de belles économies, 20 000 euros chacun. Mais par où vraiment commencer ? Je passe des heures sur Google à faire des recherches et ne trouve qu’une myriade d’informations contradictoires.

Le pire, c’est que Ludo et moi n’avons pas la même vision du voyage. Il ne veut pas figer une liste de pays à l’avance, il veut de l’aventure. Pour moi, l’improvisation, très peu merci. J’ai besoin de cadrer un minimum les choses, j’ai peur de passer à côté d’événements importants. Surtout, il nous faut un budget prévisionnel, anticiper les questions d’assurance, de visas, de médicaments, de vaccins. Tout ce travail me fait péter les plombs. J’ai l’impression de porter le projet à bout de bras alors que ce n’était même pas mon rêve au départ !

— 10 Février 2017

Presque un an jour pour jour après notre première discussion, je finis par m’ouvrir à Ludo. Après de longs échanges, on parvient finalement à arrêter une date. On partira en octobre prochain. Je suis soulagée, l’impulsion est enfin là des deux côtés. On négocie un congé sans solde avec nos employeurs respectifs. Aucune difficulté de ce côté-là, ils comprennent qu’on compte bien revenir et qu’on ne part pas à cause « d’une crise existentielle ». Mais au fait, pourquoi je pars ?

— 3 Novembre 2017

Une semaine avant le départ, je trouve le courage d’annoncer à mon père que je pars faire un tour du monde. Je suis hyper stressée, j’ai peur de sa réaction. Je profite d’un retour de soirée bien arrosée pour me jeter à l’eau.

Sans surprise, la tension monte. Il tente de me décourager, me trouve irresponsable. Toutefois je ne lui en veux pas, des préjugés j’en ai toujours au fond. D’ailleurs, je fais tout pour ne pas intellectualiser notre voyage, pour ne pas me poser trop de questions. Je ne veux pas ressembler à ces gens qui se trouvent à l’autre bout du monde. Je me convaincs que ce ne sont «que» des vacances prolongées.

Vous avez lu un extrait de Bossie n°2. Pour retrouver le texte dans son intégralité, c’est par ici !