Etes-vous atteinte du syndrome du "people-pleasing" ?

campbell-boulanger-348382-unsplash.jpg

Diagnostic et remèdes

Yolande @TeamBossie | 6 minutes | #bossietips

“Les gens ne sont pas méchants. Ils cherchent juste la facilité. Si tu leur laisses l’opportunité de te marcher dessus pour avancer plus vite, ils te marcheront dessus. C’est à toi de fixer des limites.”

C’est comme ça que ma mère m’a remonté les bretelles, alors que je me plaignais d’une énième semaine trop chargée, de comportements pas sympas à mon encontre (que je me gardais bien de dénoncer) et de “pression”. Je n’oublierai jamais cette leçon. Elle m’avait pris en flagrant délit de “people-pleasing”. Moi, je ne m’étais aperçue de rien.


People-pleasing, kezaco ?


Le syndrome du “people-pleasing” est un terme anglo-saxon, pas vraiment traduisible en français, qui signifie qu’on veut à tout prix plaire aux gens ; c’est-à-dire s’assurer que tout le monde est heureux autour de soi… quitte à s’épuiser ou pire.

Le terme “syndrome” a l’air d’une exagération. Peut-être que vouloir plaire, c’est juste de la gentillesse, ou une sincère envie de prendre soin des autres. Évidemment, vouloir le bonheur des autres n’est pas un problème. Néanmoins, on peut parler de syndrome quand certains comportements répétés nuisent à la santé mentale.



Le paradoxe du people-pleaser

Une étude américaine de 2016 a expliqué grâce à des observations de l’activité cérébrale pourquoi certaines personnes disent facilement oui à tout. Ce que montrent les résultats c’est qu’il s’agit d’un mécanisme de défense pour éviter des pics de stress. A court-terme, il est préférable de dire oui le plus rapidement possible, plutôt que d’affronter le stress généré par la situation.

En ignorant nos propres sentiments et nos propres besoins, on ne les fait pas disparaître !

Pourtant, à long-terme, il s’avère que les répercussions de ce type de comportements sont encore plus stressantes. En ignorant nos propres sentiments et nos propres besoins, on ne les fait pas disparaître ! Ils finissent alors tôt ou tard par se manifester de façon explosive ; émotionnellement (colère, dépression, anxiété...) ou physiquement (maux d’estomac, problème d’articulations, insomnies…). Surtout, à la longue, le syndrome du people-pleaser met en danger les relations qu’on cherche justement à protéger.

Le syndrome touche particulièrement les femmes. En effet, pendant des millénaires les femmes n’avaient pas la possibilité d’acquérir seules les moyens de leur subsistance et dépendaient en cela des hommes. Etre people-pleaser était donc une nécessité pour assurer leur survie. Or, on ne se débarrasse pas de cette mémoire d’un coup de baguette magique ; certains comportements restent profondément ancrés dans l’inconscient (pour en savoir plus sur le sujet, lisez Françoise Héritier, Hommes, femmes : la construction de la différence, Paris, Le Pommier, 2010.).  

Le problème, c’est que comme moi, vous avez peut-être du mal à vous rendre compte que vous êtes people-pleaser. Voici trois principaux signes qui doivent vous alerter.





Chercher la validation des autres

Si vous êtes constamment à la recherche de la validation des autres et/ou que vous avez besoin de l’opinion des autres pour construire l’estime de vous-même, vous êtes certainement atteinte du syndrome du people-pleasing.



Cela se manifeste notamment par le besoin de :

  • s’excuser en permanence. Vous arrive-t-il de donner votre opinion en commençant votre phrase par “je suis désolée, mais…” ?

  • diminuer son propos par des phrases comme “je dis ça comme ça” ; “c’est peut-être à côté de la plaque” ; “ce n’est que mon opinion”

  • de botter en touche quand on vous demande votre avis. Vous arrive-t-il souvent de répondre “t’en penses quoi toi ?” avant de donner votre avis ?

A la racine de ce comportement, il y a un besoin d’être validé·e, inclus·e, apprécié·e parce qu’on n’a pas suffisamment confiance en soi.

Je ne suis au-dessus de personne et personne n’est au-dessus de moi.
— Betsy Parayil-Pezard

Dans la revue Bossie de cet automne, la coach en leadership Betsy Parayil-Pezard propose un mantra inspirant : “je ne suis au-dessus de personne et personne n’est au-dessus de moi”. Prendre profondément conscience de ça permet de se libérer.

Dire oui quand vous voulez dire non

Vous arrive-t-il d’accepter quelque chose - comme boire un verre avec des collègues que vous appréciez peu ou assister à une réunion alors que vous n’avez pas le temps - quand vous vouliez vraiment refuser ?

Dire oui quand on veut dire non traduit à la fois notre peur du rejet comme notre envie de nous sentir indispensable aux yeux des autres.

Même s’il est évidemment normal de faire des compromis de temps en temps, s’infliger à répétition des choses désagréables peut nous épuiser à la longue. On en vient à internaliser la frustration et à en développer du ressentiment. Quand les relations deviennent une pression supplémentaire, on perd du plaisir à être au contact des autres - et les autres perdent également du plaisir à être à nos côtés !

La solution : accepter l’inconfort de dire non, déculpabiliser et surtout se recentrer sur ses propres besoins.

J’ai remarqué que quand on cultive ses propres passions et qu’on est hyper heureuse, c’est plus facile de dire non aux autres. Le temps nous est précieux, alors on n’a vraiment pas envie de le gaspiller en faisant des choses qui nous plaisent qu’à moitié ! Cultiver ses passions donne aussi confiance en soi, on a moins besoin de l’approbation des autres.



Ne pas faire de vague

Ce que des mouvements comme #metoo ou #balancetonporc montrent, c’est que la parole de nombreuses femmes a besoin de se libérer.

En dehors du harcèlement sexuel, il y a aussi d’autres situations de la vie qui posent question. La sexualité “à sens unique”, la mauvaise répartition des tâches ménagères et de la charge mentale, ou le racisme ordinaire sont des exemples de tabou sur lesquels il est fréquent de réprimer de la colère.

Dans la vie quotidienne, même les femmes les plus sûres d’elles peuvent tout faire pour éviter les conflits, quitte à passer sous silence leurs vrais sentiments.

We teach girls to shrink themselves, to make themselves smaller.
— Chimamanda Ngozi Adichie


Enfin, le syndrome du people-pleasing se manifeste aussi par la peur de se mettre en avant. Se mettre en retrait est une façon de faire plaisir aux autres, de leur permettre de briller (à notre place). Mais comme le dit la conférence Marianne Williamson dans un magnifique poème : “you playing small does not serve the world” (“vous sous-estimer ne rend service à personne”).  

Pour combattre le syndrome, vous pouvez prendre l’engagement de développer des relations plus authentiques. Cela passe par fixer des limites et par dire ce qu’on ressent.



Le people-pleaser a tendance à se sentir prisonnier de la situation et victime de “la méchanceté” du reste du monde. Or ce que ma mère m’a rappelé, c’est qu’il est toujours de notre responsabilité de changer la situation et de ne pas laisser aux autres autant de pouvoir sur nos vies. Faire du bien aux autres, mille fois oui. Mais ça commence par soi.

Yolande