3 conseils pour impliquer davantage les papas à la maison

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On a demandé à l’expert des papas en France

Yolande @TeamBossie / 5 minutes / Crédits photos: Getty Images/Vetta

Patrice Bonfy est le fondateur du média Le Paternel, le premier média français consacré à la nouvelle génération de pères et de parents ! On lui a fait part d’un constat : selon l’INSEE, en 2010, les femmes effectuent la majorité des tâches ménagères et parentales - respectivement 71 % et 65 %. Cette inégalité reste un frein à leur progression professionnelle et leur épanouissement, comme en témoigne la récente polémique autour de la charge mentale. Pourquoi les pères s’impliquent-ils encore insuffisamment ? Comment faire évoluer la situation ?

Avec Le Paternel, Patrice plaide pour un changement du cadre légal - en particulier le congé parental - et une transformation des entreprises. Mais on avait aussi envie de lui poser cette question : concrètement, comment fait-on dans son couple ?


Yolande @TeamBossie : Pendant le débat autour de la charge mentale, j’ai remarqué que beaucoup de commentaires tournaient autour de l’implication des pères et posaient notamment la question “comment les convaincre de s’impliquer”. Qu’est-ce que ça t’inspire ?

Patrice : Je trouve le terme “convaincre” mal choisi. En réalité, il ne s’agit pas de convaincre mais plutôt de “vérifier” que l’organisation du couple est bien équitable ! Cela ne doit pas relever du choix.

Imposer donc ?

Oui, quitte à aller au conflit. C’est parfois nécessaire. Il ne faut hésiter à aborder le sujet, et le plus tôt possible.

 Patrice en Une du journal Libération

Patrice en Une du journal Libération

Pendant la grossesse ?

Bien avant la grossesse ! Si tu t’aperçois que ton partenaire est contre un partage équitable des tâches, soit c’est une organisation qui te convient, et tu l’acceptes avec ce que ça implique sur la construction d’un foyer, soit... tu prends tes responsabilités.C’est primordial d’avoir très en amont une discussion sur les valeurs respectives, la façon dont vous vous voyez élever des enfants.

Et surtout, il faut observer les faits ; c’est-à-dire constater dans l’organisation de ton foyer pré-parentalité que les paroles sont suivies des faits ! Si un homme n’est pas impliqué dans les tâches domestiques avant la naissance d’un enfant, ce sera pire par la suite.

Mais attention personne n’est parfait, moi le premier. En théorie, on est à fond pour la parité. Dans les faits, c’est toujours un peu plus compliqué !



Justement, quand on observe le débat sur la parentalité, on a l’impression d’avoir d’un côté des mamans à bout et de l’autre des papas qui ne veulent pas s’impliquer. C’est ta vision de la situation ?

Aujourd’hui, 60% des pères de la génération Y estiment être impliqués à égalité dans l’éducation des enfants. 70% estiment ne pas avoir accès à suffisamment d’informations sur le sujet. C’est la preuve qu’ils font des recherches, qu’ils veulent s’impliquer, mais ne savent pas forcément comment. Je milite pour qu’on se débarrasse du stéréotype du père incompétent. Notamment, les mamans ne doivent pas voir les papas comme des incapables. Il faut qu’elles acceptent de lâcher du lest. Mais je comprends tout à fait que ce ne soit pas facile pour elles de laisser la place à quelqu’un d’autre. Ça revient à accepter de voir un truc potentiellement mal fait.

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C’est une forme de perfectionnisme ?

Pas forcément. C’est juste que s’occuper d’un bébé, c’est stressant. Les enjeux sont importants, les erreurs ont des conséquences. Un bébé mal nettoyé peut avoir des irritations. Une écharpe oubliée, c’est le risque qu’il tombe malade. Avec à chaque fois des conséquences sur les nuits à venir. C’est normal d’avoir peur de laisser l’autre faire des erreurs !

Mais quand on t’écoute on a l’impression que les mamans ne font jamais d’erreur...

Non, elles en font ! En revanche, dans les faits, c’est toujours la maman qui lâche une part de responsabilité. C’est elle qui accouche, c’est elle qui allaite ; donc l’état “par défaut” c’est dans les bras de maman. C’est à elle d’accepter de mettre l’enfant dans les bras du papa. C’est pourquoi il faut impliquer les pères le plus tôt possible, c’est par exemple l’intérêt des livres et stages pré-nataux, d’une réflexion commune sur la manière de gérer les mois qui suivront l’arrivé d’un bébé. Surtout, il faut leur offrir un espace où ils peuvent apprendre sans préjugé. Ils doivent se sentir capables et compétents.

En plus du préjugé du papa incompétent, il y a aussi celui qui considère que le “papa-poule” n’est pas viril, pas masculin. Tu penses que ça joue dans l’implication des pères dans les tâches domestiques ?

Oui, sur les hommes comme sur les femmes d’ailleurs. S’occuper d’un enfant, s’imposer une discipline et des contraintes, c’est “féminin”. A contrario, n’en faire qu’à sa tête sans avoir peur des conséquences serait “masculin”. Et pour les femmes qui ont le stéréotype en tête, un papa impliqué n’est plus le “bad boy” qu’elles ont connu ! Le changement peut être difficile, décevant ; elles peuvent le faire payer à leur partenaire parfois de façon inconsciente.

Homme comme femme, il est important de faire un travail sur soi, se débarrasser de ce stéréotype. Pourquoi être capable de prendre soin d’un bébé en toutes circonstances ne serait pas un attribut de la virilité ?

En résumé :

  • ne pas chercher à convaincre, mais imposer

  • engager la discussion le plus tôt possible

  • s’interroger sur sa propre vision et ses préjugés