Pourquoi avoir de l'ambition peut-être hyper douloureux ?

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Un philosophe nous explique pourquoi

Yolande@TeamBossie | 5 minutes | #Bossietips

“Souvent mes crises professionnelles ont lieu le dimanche soir, alors que le soleil se couche. L’écart entre les espoirs que j’avais pour moi-même et la réalité de ma vie est si douloureux que je finis par verser quelques larmes sur mon oreiller.”


C’est comme ça que le philosophe Alain de Botton, fondateur de The School of Life, a débuté sa conférence TED en 2009. Presque dix ans plus tard, son discours est toujours d’actualité. Nous sommes nombreux et nombreuses à connaître des crises professionnelles. Vague à l’âme du dimanche soir, anxiété, les symptômes sont connus. Quand on ne coche pas la case de tout ce qu’on s’imaginait avoir fait avant vingt-cinq, trente, quarante ans, on s’en veut, on déprime, on a honte.

Il n’a jamais été aussi facile de gagner sa vie, mais il a rarement été aussi difficile de rester serein par rapport à sa carrière.
— Alain de Botton

Pourquoi la carrière est-elle à notre époque une si grande source de stress ? Pourquoi l’idée de succès tant à nous déprimer plutôt qu’à nous motiver ? La conférence d’Alain de Botton apporte des éléments de réponse intéressants.


1 - Nous sommes entourées de snobs

Etre snob, selon Alain de Botton, c’est utiliser une infime partie d’un individu pour s’en faire une idée complète ; en d’autres termes c’est utiliser l’intitulé du poste écrit sur une carte de visite pour juger de la valeur de quelqu’un. Pour lui, notre époque est de plus en plus snob. Au moment où il fait son talk, Instagram n’existait pas encore. On peut donc imaginer que la situation s’est aggravée. Aujourd’hui, un compte Instagram suffit à coller à un individu l’étiquette de “cool”.

En outre, comme l’indique le philosophe, nous vivons dans une société qui a attaché certaines récompenses à l’acquisition de biens matériels. Encore une fois, Instagram est très révélateur à cet égard. On obtient des likes pour ce qui peut être pris en photos, donc du matériel. La gentillesse, le courage, la sagesse d’une personne peuvent difficilement se matérialiser en un cliché. Pour recevoir de la reconnaissance sociale, et donc des likes, il faut montrer des signes extérieurs de richesse. Une Ferrari ou paradoxalement un burger bio à 40 euros.  Cette course effrénée vers toujours plus d’acquisition, à l’heure où les tendances se font et se défont dans la journée, est évidemment source de stress.

2 - L’envie domine notre société

Nous vivons dans l’idéal d’égalité. En théorie, nous pouvons faire ce que nous voulons de notre vie. En théorie. La réalité est beaucoup plus complexe. Mais la réalité nous est masquée. Nous avons l’impression d’être de plus en plus proches des gens “à succès”. Tout le monde se présente comme étant “partis de rien”.

Or, dit Alain de Botton “plus une personne nous sommes proche de nous, plus on est susceptible de l’envier”. Il est tout aussi rare, dans les faits, de devenir aussi riche que Bill Gates aujourd’hui, qu’il ne l’était de devenir riche comme le roi d’Angleterre il y a cent ans. Mais ce n’est pas la perception que nous avons des choses. Par conséquent, nous développons davantage d’envie et une faible estime de nous-même en prime.

De la même façon, l’idéal méritocratique, à savoir l’idée qu’il faut que les gens qui le méritent arrivent en haut de l’échelle sociale, a des effets pervers. Si on croit que ceux qui sont en haut, le sont parce qu’ils le méritent ; alors on croit aussi que ceux qui sont en bas, le sont parce qu’ils le méritent. On se sent alors responsable et coupable de tous les malheureux qui peuvent survenir dans notre vie.  L’échec est vécu comme une défaite personnelle et une remise en cause de sa valeur en tant qu’individu. On passe de “j’ai raté ce projet” à “je suis un·e raté·e”.

3 - Nous n’avons aucune sympathie pour l’échec

Alain de Botton soulève un point important : ce que nous redoutons dans l’échec c’est avant tout le jugement des autres. Or celui-ci est bien réel ; la preuve en est l’existence des tabloïds qui moquent les célébrités à longueur de pages. Pourtant au lieu de tourner au ridicule les autres, il faut avoir davantage de sympathie pour ceux qui tentent et échouent. Il fait ainsi un parallèle intéressant avec les héros tragiques : personne ne verrait Hamlet comme un loser.

4 - L’idée que nous nous faisons du succès ne nous appartient pas

Nous croyons à tort que nos rêves nous appartiennent mais c’est rarement le cas. Nos parents nous transfèrent leur idée d’une vie réussie ; mais aussi les médias, l’école, l’époque. Ce n’est pas un hasard si tout le monde veut aujourd’hui créer une startup alors qu’il y a dix ans c’était devenir trader. C’est la raison pour laquelle le philosophe préconise de s’assurer que nos rêves sont bien les nôtres.

C’est déjà horrible de ne pas avoir ce que tu veux, c’est encore pire de penser avoir une idée de ce que tu veux et de découvrir à la fin que ce n’était pas du tout ce tu voulais.
— Alain de Botton

Il prône donc une vision plus douce et tendre du succès qui se résume en quatre principaux messages :

  • on n’est pas à 100% responsable de ses réussites, ni à 100% de ses échecs ; l’important c’est de faire du mieux qu’on peut

  • il faut avoir de la sympathie pour celles et ceux qui échouent

  • l’échec ou la réussite à un endroit ne définissent pas une personne dans son ensemble ; personne ne peut juger de la valeur d’un individu

  • chacun doit cultiver sa propre définition du succès

Dans une culture qui glorifie la performance individuelle, cette philosophie détonne et fait du bien. Alain de Botton nous invite, non pas à avoir moins d’ambition, mais à être moins dur·e avec nous-mêmes.

Yolande

Retrouvez plus de conseils sur le sujet dans le dossier “C’est quoi la réussite ?” écrit par notre coach Betsy Paravil-Pezard dans le numéro 01 de la revue.