Le bore-out : quand on s'ennuie au boulot

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Vous vous ennuyez ? Vous n’êtes pas seul·e

Yolande @TeamBossie | 6 minutes | #bossietips

Vous lisez peut-être cet article au travail. Peut-être que vous vous y ennuyez. Si c’est le cas, a priori, vous n’êtes pas seul·e : selon une étude (à prendre avec des pincettes) l’ennui toucherait 32% des salarié·e·s en Europe, soit presque un·e salarié·e sur trois ! Avec la prolifération des “bullshit jobs”, le phénomène est amené à prendre de l’ampleur et inquiète. Et parce que c’est leur spécialité, les Américains ont évidemment donné un nom à cette “maladie” : le bore-out. Le bore-out, c’est l’inverse du burn-out : là, on s’épuise à ne rien faire.

Oui, tout le monde s’est déjà ennuyé au boulot (que celui qui n’a jamais guetté l’heure du départ avec impatience jette la première pierre). L’ennui fait partie de la réalité du travail, il est même absolument nécessaire à la créativité. Toutefois, il devient problématique quand il est systématique. Si on passe des semaines à rallonger les pauses cafés et surfer sur Facebook en douce pour palier à l’absence de travail significatif, il y a un problème.

Cette année, pour la première fois en France, un employeur a été condamné aux prud’hommes pour harcèlement moral résultant d’un “bore-out”. Frédéric Desnards, employé chez l’entreprise Interparfums, s’était vu progressivement retiré de plus en plus de responsabilités ; au point de se retrouver avec seulement vingt à quarante minutes de tâches effectives par jour. Son ennui a fini par lui causer une dépression telle qu’elle a aboutie`ù ces tirées de ma propre expérience. Voici mes conseils :



Prendre conscience de la situation

S’il y a bien un domaine dans lequel on a tendance à se voiler la face, c’est le travail. Arrêtez une personne dans la rue et demandez-lui cinq défauts de son ou sa partenaire, elle les listera sans hésiter. Mais son boulot ? Elle vous dira qu’il est pas si mal. Il est facile d’être dans le déni concernant notre rapport au travail. Tant de gens font des “crises”, envoient valser couple et enfants, partent à l’autre bout du monde, quand le seul problème était leur dégoût des fichiers Excel… Si vous vous faites c***, acceptez-le, c’est le début de la solution (excusez la vulgarité).



Se donner une date de sortie

Une situation nous semble encore plus insupportable quand on n’en voit pas le bout. Fixez-vous une date pour changer de job, dans la même entreprise ou ailleurs. Savoir que vous allez partir, même si vous n’avez pas encore les détails, vous fera déjà vous sentir mieux.

Ne pas faire dépendre son estime de soi de son travail

C’est un conseil qui m’a été donné par ma maman et qui s’est révélé absolument essentiel : “ton travail n’est pas ton identité”. On l’oublie, dans une société qui place le travail au coeur des relations sociales : nous sommes bien plus qu’un job. Ce job n’est qu’un moyen de gagner de l’argent pour survivre, il n’est pas toute la vie. Il n’est pas le reflet de tout ce qu’on fait et sait faire, et encore moins le reflet de tout ce qu’on est. Si vous vous sentez inutile au travail, cela ne doit pas nourrir l’idée que “vous êtes inutile”. Ne laissez pas cette situation remettre en cause la personne que vous êtes.



Se libérer de la honte

Ce point complète le précédent : il est important de se libérer de la honte. Si votre entreprise n’est pas capable de vous employer à la hauteur de vos talents et de vos compétences, c’est sa responsabilité. C’est elle qui vous a embauché·e ! Aussi, changez de perspective : vous êtes payé·e tous les mois à ne rien faire. Votre situation est bien plus envieuse que celle des millions de personnes exploitées à travers le monde. Vous avez gagné au loto de la vie.



Reconnecter avec ses collègues

La solitude ne fait qu’empirer le mal-être, il ne faut pas fuir les autres. D’expérience, je sais que si vous êtes embarrassé·e par votre situation, alors vos collègues seront embarrassés pour vous. Mais si vous en parlez ouvertement, sans gêne, alors ils seront les premiers à s’indigner ou vous proposer de l’aide.

Il n’y a aucun problème qui ne puisse être résolu avec un peu de courage.



Adopter une mentalité de hacker

Ma devise est : “il n’y a aucun problème qui ne puisse être résolu avec un peu de courage”. En prenant un petit risque, on peut complètement débloquer une situation. Dans votre cas, ça veut peut-être dire s’adresser directement au N+2 ou développer un nouveau projet dans votre coin ou refuser d’appliquer certaines procédures rébarbatives. Il faut savoir se défaire des règles du jeu (de temps en temps) pour avancer.



Saisir cette opportunité pour faire autre chose

Houellebecq a écrit son premier roman pendant qu’il travaillait dans un “bullshit job” administratif. J’ai créé une association au cours d’un stage ennuyeux à mourir. Vous vous ennuyez ? Vous avez donc du temps devant vous et vous savez que vous n’avez rien à accomplir dans cette entreprise ; en d’autres termes, vous êtes libre ! Profitez de cette opportunité pour faire des choses qui vous tiennent à coeur, apprendre à vous connaître, devenir un·e expert·e sur un sujet. Même si je vous déconseille d’abuser du surf sur Internet sur votre lieu de travail, on ne peut pas vous empêcher d’utiliser papier et stylo, de consulter des PDFs, de lire des newsletters…



Ne pas oublier d’en rire et ne pas le prendre personnellement

Loin de sous-estimer la souffrance que l’ennui peut représenter, j’invite néanmoins à essayer de prendre ce genre de situations avec humour ! Comme souvent dans la vie, il n’est jamais très bon de se prendre trop au sérieux. Les pensées comme “j’ai un BAC +26 donc je ne devrais pas m’ennuyer au travail” ne font pas de bien. Rire de ma situation m’a beaucoup aidé à la vivre avec moins de douleur. Surtout, j’encourage à ne pas prendre les choses personnellement. Quand Charlie Chaplin, dans les Temps Modernes, adopte des tocs à force d’effectuer un travail répétitif, on ne se dit pas “cet ouvrier a un problème” ; non, on le voit comme symptomatique d’une époque. Notre époque crée des burn-out, des bullshit jobs, des bore-out, bref on se marche sur la tête ! Par conséquent, quand il m’arrive de me marcher sur la tête, je me souviens qu’après tout c’est normal dans un monde qui ne tourne pas rond ! Nos vies individuelles sont prises dans le collectif, on n’est pas responsable de tout ce qui nous arrive (on est responsable de la façon dont on réagit). Au passage, vous pouvez appliquer ce raisonnement à la nourriture, à l’écologie, au dating…



Se donner le temps de savoir ce qu’on a envie de faire

Vous ne pouvez pas passer sans transition de “je m’ennuie” à un “j’ai un super boulot qui a trop de sens pour moi”. Vous savez désormais ce qui ne vous convient pas, c’est génial. Maintenant, laissez-vous un moment pour aller progressivement vers ce qui vous plaît. Ne vous mettez pas la pression pour avoir la parfaite solution tout de suite. La découverte de soi exige du temps.



Pour terminer, rappelons cette citation de Goethe : “L'ennui est une mauvaise herbe, mais aussi une épice qui fait digérer bien des choses.”.



L’ennui est une mauvaise herbe, mais aussi une épice qui fait digérer bien des choses.
— Goethe

Yolande