Savez-vous reconnaître une femme leader ?

bannière - angela.png

Vous êtes peut-être plus biaisé que vous pensez 

@Yolande TeamBossie | 8 minutes | #bossiepower

 

Nous assistons ces dernières années a une prise conscience des entreprises - plus ou moins forcée - concernant l’accès des femmes au poste de leadership. Aux Etats-Unis, et de plus en plus en Europe, de nombreux programmes destinés à accompagner les salariées ont vu le jour. L’objectif affiché de ces accompagnements est de permettre aux femmes de gagner confiance en elles ; le présupposé étant qu’elles ne postulent pas aux postes à responsabilité car elles n’osent pas. L’ouvrage très remarqué de Sheryl Sandberg, Lean In, a dans une certaine mesure conforté cette vision de la situation : le monde nous tend les bras, il ne tient qu’aux femmes de prendre leur place et de s’affirmer. Si le livre a reçu un accueil enthousiaste, il a aussi été perçu comme venant s’ajouter à la longue liste d’injonctions faites aux femmes. Elles seraient les seules responsables de leur propre misère. Encore une fois, c’est à elles de faire le travail. 

Or, le postulat initial qui consiste à dire que le problème est un manque de confiance en soi, n’a été discuté que très récemment. Le principal obstacle des femmes à l’accès au leadership est-il leur manque de confiance en elles ? En d’autres termes, est-ce suffisant qu’une femme ait envie d’être leader pour le devenir ?

Pour observer la réalité de la vie des entreprises, des chercheurs de l’Université d’Harvard ont conduit une enquête originale. En s’aidant de capteurs et en collectant toutes les communications échangées dans l’entreprise, ils ont étudié les comportements des hommes et des femmes au quotidien. Les résultats vont à rebours de la doxa : femmes et hommes ne se comportent pas très différemment ; il n’y a pas de différence significative s’agissant de la fréquence de contacts avec la hiérarchie ou l’évaluation de la performance. En revanche, l’étude a montré que la perception des comportements est elle très différente selon le genre. L’attitude des femmes est vu à travers des biais et des stéréotypes qui les privent d’être reconnues comme des leaders potentielles. 

Double standard

L’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie, connue notamment pour son discours “We should all be feminists”, s’est récemment exprimée de nouveau sur le sujet de la représentation des femmes dans la société. Elle a magnifiquement traduit le double standard qui leur est réservé : 

“In our world a man is confident but a woman is arrogant. In our world a man is uncompromising but a woman is a ball breaker. A man is assertive, a woman is aggressive. A man is strategic, a woman is manipulative. A man is a leader, a woman is controlling. A man is authoritative, a woman is annoying."
 

“Dans notre monde un homme a confiance en soi, mais une femme est arrogante. Dans notre monde, un homme est intransigeant, mais une femme est “casse-couilles”. Un homme est assertif, une femme est agressive. Un homme est stratège, une femme est manipulatrice. Un homme est leader, une femme est contrôlante. Un homme est autoritaire, une femme est agaçante.”


En somme, une femme quand bien même, elle adopterait le comportement d’un leader, serait difficilement reconnue comme telle. Or, on ne peut s’autodécréter leader, il faut encore être accepté.e comme tel par le groupe. Le leader est dépositaire d'une autorité donnée et perçue comme légitime ; c’est celui qui guide et prend des décisions au nom du collectif. 

Pour cela, il doit inspirer trois qualités :

  • la confiance : pour rassurer dans sa capacité à ne pas abuser du pouvoir
  • la sympathie : pour susciter l’adhésion 
  • l’assertivité : pour rassurer dans sa capacité à prendre des décisions 

Le leadership est complètement dépendant du regard et de la perception des autres. Par conséquent, la perception que la société se fait du leadership féminin est la condition sine qua non à l’émergence de femmes leaders. 

Or, le patriarcat n’a pas dit son dernier mot. Comme l’a écrit Bourdieu dans la Domination Masculine, “les femmes existent d’abord par et pour le regard des autres, c’est-à-dire en tant qu’objets accueillants, attrayants, disponibles”. Notre imaginaire collectif reste largement dominé par le rôle assigné aux femmes : elle est mère ou amante ; sinon, c’est une femme masculine. Aucun de ces rôles ne réunit les trois qualités nécessaires au leadership.

Vous reconnaîtrez dans le schéma suivant les reproches communément adressés aux femmes politiques :

 

triangle infernal

 

Les femmes sont prisonnières de ce triangle infernal. Elles obtiennent plus difficilement que les hommes les marques d’acceptation qui leur permettraient d’émerger en tant que leader. Celles qui en démontrent des qualités subissent un parcours du combattant que bien souvent, elles n’ont même pas conscience de vivre. 

Le test

Même animé·e·s des meilleures intentions, nous sommes toutes et tous victimes de stéréotypes. Ces derniers sont bien ancrés dans notre inconscient. Néanmoins, si nous voulons voir plus de femmes en position de leadership, nous devons collectivement faire évoluer nos représentations. 

Les questions suivantes ont pour but d’interroger vos biais inconscients. Répondez-y avec le plus d'honnêteté possible. Savez-vous vraiment reconnaître une femme leader ?

  • Etes-vous mal à l’aise quand une femme démontre de l’assertivité et/ou du charisme devant vous ? 
  • A l’annonce de la promotion d’une femme à un poste de leadership, vous est-il arrivé d’exprimer des doutes quant à sa légitimité ?
  • Avez-vous déjà perçu de la froideur de la part d’un(e) manager ? Plutôt des hommes ou plutôt des femmes ?
  • Attendez-vous des témoignages de gentillesse particuliers de la part des femmes avec lesquelles vous travaillez ? 
  • Sur des sujets en rapport avec votre travail, allez-vous plus spontanément demander conseil à un homme qu’à une femme ?
  • Avez-vous déjà ignoré l’avis ou l’ordre d’une femme parce que vous ne la preniez pas au sérieux ou n’en craigniez pas les conséquences ?

 

Le pouvoir des histoires


Que faire pour que les représentations évoluent ? L’écrivaine Chimamanda Ngozi Adichie a terminé le discours cité précédemment avec cette recommandation : 

"I think men should read more stories by and about women, We know from studies that men read men, and women read men and women. Perhaps if men read more women’s stories, they would be more likely to see them as fully human and less likely to see them as objects that exist for the needs of men."

“Je pense que les hommes devraient lire plus d’histoires écrites par des femmes à propos de femmes. Nous savons grâce à des études que les hommes lisent des hommes et que les femmes lisent des hommes et des femmes. Peut-être que si les hommes lisaient plus d’histoires féminines, ils nous verraient davantage comme des humains à part entière et moins comme des objets qui n’existent que pour les besoins des hommes.”

Invitons les hommes à lire Bossie !