Lisa Gachet : "j'avais envie de m'exprimer en mon nom"

Grand Entretien avec la créatrice de Make My Lemonade

Interview : Yolande Libene | Photos : Julien Vallon pour Bossie Media

 

Ne l’appelez pas blogueuse, elle n’aime pas ça. Lisa Gachet est une entrepreneure, une créative, dont le travail s’étend désormais bien au-delà du blog, Make My Lemonade, créé en 2012. Son sujet, le « do it yourself », sa proximité, son esthétique soignée, l’ont fait rapidement sortir du lot et lui ont permis de devenir l’une des success stories françaises de la génération internet. Des conseils pour créer sa propre décoration pour une soirée d’anniversaire, Lisa a créé une entreprise qui emploie aujourd’hui une dizaine de salarié.e.s et commercialise ses propres créations. Cette année, elle lance son plus grand projet, l’ouverture d’une boutique de 350 m2 à Paris. Énorme. Elle est la preuve ultime que quand tu veux quelque chose, « just do it yourself ».

Comment vous la présenter ? C’était mon obsession. Son parcours est accessible sur pléthore d’articles, ainsi que sur son propre compte Instagram, où elle comptabilise pas moins de 300 000 followers. J’ai finalement choisi de la laisser se raconter autrement, à travers l’exercice du grand entretien. L’écrit et les citations philosophiques lui vont à merveille.

En la rencontrant, j’ai été éblouie par sa force et sa détermination, un contraste apparent avec son univers pop et coloré. Heureusement, Julien Vallon a magnifiquement su traduire ce paradoxe dans cette série de photos.

Bon, j’ai aussi appris que comme nous (ok, moi) elle regarde « Faites entrer l’accusé » et soulage ses insomnies sur Netflix. Des détails qui veulent dire beaucoup. Des détails qui font d’elle une fille normale, avec ce que je ne sais quoi de… bossie.


Ma vie ne me plaisait pas, alors j’ai créé ma vie.
— Coco Chanel



Bossie : Tu as créé ton job et, d’une certaine façon, créé ton marché ! Est-ce que ton moteur était la frustration ? Est-ce que tu fais partie des entrepreneur.e.s qui ne trouvaient pas leur place dans le monde “classique” ?

Lisa : Oui et Non, je suis devenue cheffe d’entreprise un peu malgré moi. En 2012, j’ai ouvert Make My Lemonade, un blog comme une récréation, j’avais envie de m’exprimer en mon nom et quelque part de trouver un écho dans le regard des gens. En continuant à travailler dans le monde de la mode, je n’aurais été qu’une petite main dans l’ombre d’un directeur artistique, et peut être avec beaucoup de travail, énormément de patience, et un peu de réussite j’aurais pu accéder à mon tour à la place tant convoitée de DA pour une maison. Mais tout cela relève de beaucoup d’inconnues, il y a toujours des appelé.e.s et malheureusement très peu d’élu.e.s. Donc je me suis dit, je vais essayer un autre chemin, j’avais envie que mes idées soient lues et entendues alors j’ai lancé Make My Lemonade, un blog DIY. Et puis, chemin faisant, j’ai eu envie de retrouver mes crayons et ma machine à coudre pour créer ma marque. Une marque que l’on pourrait acheter toute faite, confectionnée dans nos usines ou à faire soi-même via nos patrons de couture. Et puis après ça, j’ai eu la chance d’avoir trouvé un écho super enthousiaste dans mes collections et j’ai commencé à recruter des personnes géniales pour m’aider à faire grandir ce projet fou et c’est comme ça que je suis devenue cheffe d’entreprise.

Les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais.
— Oscar Wilde



Bossie : Dirais-tu qu’il faut être fou/folle pour entreprendre ? Quelles sont tes plus grandes prises de risque ? Est-ce qu’il y a des choses encore aujourd’hui qui te font peur ?

Parfois quand je vois mes ami.e.s quasi tous-toutes entrepreneur.e.s (à croire que l’on s’attire ! Ou bien c’est peut-être symptomatique d’une génération mais c’est un autre sujet…) J’ai la sensation qu’être entrepreneure , c’est passer le plus clair de son temps à régler des problèmes, des galères, jouer à un jeu avec des règles qui changent tout le temps. Alors je ne dirais pas qu’il faille être fou pour entreprendre aujourd’hui mais plutôt qu’il faut une bonne dose d’optimisme et si cette aventure m’a appris quelque chose c’est la patience. Ce n’est pas gagné parce que je pars de loin mais c’est un trait de caractère qu’il faut absolument avoir pour garder la tête froide et ne pas prendre de décisions sur un coup de tête. Je crois que la plus grosse prise de risque que je prends, je parle au présent parce que c’est complètement neuf et inconnu, c’est d’ouvrir une boutique énorme dans Paris. Quand tous les petits business de fringues ferment et migrent sur du 100% digital, on fonce sur une boutique physique de 350m2. Mais je suis persuadée que c’est le bon moment pour nous. Cela fait 2 ans que j’ouvre grands les yeux pour trouver THE local et nous y sommes ! Nous travaillons dessus depuis Janvier 2018… Je crois que c’est ça qui me faisait le plus peur, que tout ce travail et ces rêves n’aboutissent jamais, mais nous y sommes !

 
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Ne crains pas la perfection, tu ne l’atteindras jamais.
— Salvador Dali
 

Bossie : Dans tes interviews, tu dis souvent “je voulais que ce soit parfait”, est-ce que tu te vois comme perfectionniste ? Est-ce que tu vois ça comme un défaut ? Comment tu trouves l’équilibre entre perfectionnisme et authenticité ?

Lisa : Oui j’avoue que je suis un peu perfectionniste, mais je me soigne. Il y a des moments où c’est difficile de déléguer, surtout sur l’Image et le rayonnement de la marque. J’ai du mal à laisser le bébé mais en même temps je n’en n’ai pas l’envie ! Travailler sur les shootings, les vidéos, les mises en ligne, ce sont les parties de mon boulot qui me plaisent le plus. C’est là où je crois est ma valeur ajoutée. Après pour tout ce qui est comptabilité, gestion, juridique, j’ai eu beaucoup moins de mal à déléguer quand j’ai été en confiance avec les bons partenaires. Je préfère payer plus cher un expert qui m’a été recommandé plutôt que de faire des économies de bouts de chandelle qui pourraient me coûter beaucoup plus cher par la suite… À partir du moment où j’ai pu identifier ce qui me faisait vibrer au quotidien et quand j’ai eu les moyens de pouvoir embaucher les bonnes personnes, il y a eu une infinité d’opportunités créatives dans ma vie. Plein de portes se sont ouvertes dans ma tête, comme un renouveau et j’avais finalement trouvé une sorte d’équilibre.

Vous avez lu un extrait de la revue Bossie 01. Pour retrouver l’intégralité de l’interview, c’est par ici !

 
 

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