Rencontre avec Juliette Katz alias "Coucou les girls"

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La comédienne se livre sur son métier

Interview : Yolande Libene | Crédit photo : Juliette Katz | Illustration : Yudhi pour Bossie Media

 
 
 

Juliette Katz a 30 ans. Et depuis le 23 avril 2016, elle est connue sur Internet sous le nom de "Coucou les girls", un personnage parodique dont on suit les aventures à travers des vidéos et des photos toutes plus drôles les unes que les autres. Le succès est rapidement au rendez-vous. Aujourd'hui, le phénomène rassemble une communauté de près de 200 000 personnes sur Instagram. En 2019, elle tient pour la première fois le rôle principal dans un film et publie son premier livre (attendu pour mai 2019).

La comédienne, qui a été élevée dans une famille d'artistes - son père est producteur de disques et elle a pour oncle Michel Jonasz - n'était pas faite pour les chemins classiques. Elle arrête l'école à 16 ans, se consacre à la musique et au chant avant de prendre un détour inattendu vers la comédie. Dans le "Facebook et l'Insta game", Juliette continue de jouer selon ses propres règles. Elle balaie les codes des clichés parfaits pour se montrer authentiquement belle. Sans le vouloir, celle qui se moque (gentiment) des youtubeuses beauté, nous a offert le plus important des tutoriels : avant d'appliquer le fond de teint, aime-toi d'abord.


Bossie : Ça fait un peu plus de deux ans que tu es sur les réseaux sociaux, tu considères que c’est ton job ?


J'ai une vision du travail un peu particulière... Pour moi, un travail n'est pas forcément une activité rémunératrice, c'est juste une activité à laquelle tu consacres du temps. Par exemple, j'ai été nourrice pendant un moment. Je ne gagnais pas beaucoup d'argent mais je le considérais comme un travail.

Pendant les six premiers mois de "Coucou les girls", je ne considérais pas ça comme un travail. C'était ma cour de recré. Mon métier de l'époque, c'était chanteuse. Je donnais aussi des cours de chant. Au démarrage, j'ai commencé les vidéos pour faire marrer mes potes.

C'est à partir du moment où j'ai senti que ça prenait de l'ampleur, et surtout que j'ai senti que j'étais plus investie intérieurement, que ça a commencé à devenir mon travail. J'ai commencé à gagner de l'argent au bout de 8 mois. Aujourd'hui c'est l'activité qui m'occupe le plus mais j'ai d'autres projets à côté.


Bossie : Pourquoi “Coucou les girls” ?

Ça me faisait marrer de rentrer dans la peau du personnage d’une youtubeuse beauté. Je cherchais une intro pour mes vidéos et je me suis dit "coucou les girls" parce que ça revenait régulièrement chez ces filles. C'est parti d'une envie de faire un pied de nez à leur univers.

Je pense qu’on peut parler de beauté autrement
— Juliette Katz



Bossie : Et pourquoi les youtubeuses beauté ?

Je n’ai rien contre elles, je respecte complètement leur travail. Je regardais beaucoup et continue de regarder Youtube le soir. Les tutos maquillage, c'était mon moment à moi, où je ne pensais à rien. Le ton léger me faisait beaucoup de bien. Néanmoins, j'étais gênée par leur manière de montrer la beauté. Les mimiques qu'elles prennent, la tonne de maquillage qu'elles mettent, le fond magnifique avec les lampions derrière, ça se veut trop parfait. Pour moi cette perfection ne représente ni femme ni l’être humain tout court. Tout cela crée des complexes. D'autant qu'il y a beaucoup d'adolescentes qui s'identifient à ces femmes. Je ne suis pas certaine que ce soit une bonne façon de démarrer sa vie.

Je pense qu'on peut parler de beauté autrement. Par exemple, j'adore Hélène de Mon Blog de Fille. Elle a bientôt 50 ans, n'arrête pas de dire qu'elle est tout le temps essoufflée, fait des vidéos de 40 minutes parce qu'elle ne sait pas faire un montage mais je trouve ça génial parce que c'est honnête ! Elle me donne vraiment envie d'acheter des produits parce que tu sens qu'elle est passionnée.



Bossie : Est-ce aussi l'aspect ultra-consumériste qui te dérange ?

Les marques ont très bien compris que la nouvelle publicité, c'est nous. Du coup sur Instagram, tu retrouves toujours les mêmes produits, toujours le même maquillage. Je ne suis pas forcément contre. Mais j'ai l'impression que ça pousse à en faire trop. Les youtubeuses beauté sont souvent énormément maquillées ; ça devient presque un déguisement ! Ce n'est pas parce que tu te maquilles beaucoup que t'es plus belle. Or, la plupart des gens ne savent pas reproduire ce type de maquillage, ça fout des complexes !



Bossie : Et tu t'es dit que tu allais en faire des parodies

C'est venu assez spontanément. Je me suis mise à donner des fausses astuces de merde avec une voix niaise. J'ai fait beaucoup de beauté, puis petit à petit je suis allée vers autre chose : parodie de séries, de recettes... Je suis restée dans le registre parodique parce que j'avais envie de créer un personnage un peu con. "Coucou les girls", c’est une fille qui veut juste devenir une star. C'est le symbole d'une nana très actuelle, qui a besoin d'exister, qui a besoin qu'on la regarde, d'avoir des followers.



Bossie : Quelle est ta relation à ton personnage ?

Je suis à l'opposé d'elle dans ma vie de tous les jours. Je n'ai pas du tout la même voix ! Mais - ça peut paraître schizophrène - elle s'exprime naturellement à travers moi. Je n'écris pas mes vidéos, c'est souvent de l'impro. Parfois, elle part vers des trucs auxquels je ne m'attends pas. Ce qui génial, c'est qu'on est dans la parodie, donc on peut se permettre n'importe quoi.

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Bossie : Comment tu vois l'avenir pour "Coucou les girls" ?

C'est une bonne question. Je ne réfléchis pas trop à tout ça. Je ne suis pas très stratégique, j’ai du mal à voir à plus de 6 mois. Je ne sais pas comment les choses se passeront dans un an, d'autant que tout va très vite avec Internet.

Ce qui m’intéresse au-delà de "Coucou les girls" c’est de jouer, de m’assumer et de monter. C'est quelque chose que j'ai découvert grâce à cette aventure et j’ai envie de m’y investir un peu plus.

Je compte mettre du temps, de l'argent et de l'énergie, pour que ça se développe. Si ça marche c'est cool, si ça ne marche pas tant pis. Le plus important est de ne se fermer aucune porte.

Je vais bientôt jouer le rôle principal dans un film [“Moi, Grosse” sur France 2, qui n’était pas encore sorti au moment de la publication de cet article, ndlr] ; une opportunité qui s'est présentée d'elle-même, comme l'écriture du livre. Je mets mes billes un peu partout sans trop y réfléchir. Je me dis que petit à petit ma vie va prendre un sens.

Vous avez lu un extrait de la revue Bossie 02. Pour lire l’article dans son intégralité, c’est par ici !


 
 

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