Une journée avec l'intrépide entrepreneure Carole Juge Llewellyn

Écrivaine et entrepreneure, elle a fondé la startup Joone

Interview : Yolande Libene | Photos : Antonin Amy-Manichetti pour Bossie Media

 

Des profils atypiques, j’en ai rencontrés beaucoup. Mais Carole Juge-Llewellyn, c’est un cran au-dessus. Si je devais la résumer en une phrase, ce serait “je fais ce qu’il me plaît”. Carole a enseigné (à la fac), défilé (en tant que miss Auvergne), joué (au théâtre et au cinéma), écrit (deux romans) et créé deux entreprises (MommyVille et Joone). Toutes ces expériences, elle les a vécues intensément. Elle croque la vie à pleines dents et inspire par la simplicité avec laquelle elle se laisse guider par ses envies.

Lors de notre entrevue, elle montre des signes de fatigue et ne s’en cache pas. Créer une startup, c’est beaucoup de travail et “99% d’emmerdes”. D’ailleurs, j’apprécie sa franchise, l’objectif de cette rubrique étant d’être le plus transparent possible. Nous sommes sur la même longueur d’onde : elle non plus n’est pas à l’aise avec la langue de bois des startups. “On ne dit jamais qu’il y a un très fort pourcentage de startups créées par des personnes issues de milieux très privilégiés. Moi, même si je rassemble toute ma famille, je ne peux pas lever 250 000 euros en love money (investissement fourni au démarrage par la famille et les proches de l’entrepreneur.e, ndlr), encore moins à mettre dans une startup. J’ai fondé ma première boîte avec un prêt de 30 000 euros que je continue de rembourser.”

L’entrepreneure, née en Auvergne, dégage une confiance pourtant très… américaine. Elle le dit, les États-Unis ont été pour elle une révélation. Elle y a étudié la littérature américaine en Caroline du Nord (l’école de Michael Jordan !), avant d’intégrer la prestigieuse Brown University. Loin de chez elle, c’est dans ce pays qu’elle a pu révéler son ambition et assumer pleinement sa personnalité. En France, on a peur de l’échec et donc tout autant du succès. Outre-Atlantique, sa passion et son énergie ont été valorisées. Elle y a pris plaisir à faire des choses. Elle est revenue de son séjour transformée. De retour dans l’hexagone, elle enseigne à la fac tout en prenant des cours d’art dramatique. Elle comprend qu’elle peut tout faire, il suffit de le vouloir et d’y mettre les efforts.

Sa vie a également tout d’une success story à l’américaine. En 2013, un grave accident de cheval l’a immobilisée pendant six mois. Elle ne pouvait pas se déplacer, “tout me faisait mal”. Après avoir vu l’intégrale de Friends, il fallait bien s’occuper. Alors elle a écrit et lu énormément. De cette période d'alitement est né Une ombre chacun, son premier roman paru aux Éditions Belfont ; ainsi que le concept de sa première startup “Mommyville”. L’idée lui est venue alors que sa grande soeur venait de vivre une grossesse difficile. Pour lutter contre l’isolement, elle crée un réseau social, un Facebook des parents. Néanmoins, même si le succès était au rendez-vous, la fermeture du fonds d’investissement qui la soutenait l’a obligée à arrêter l’aventure.

Un échec ? Non, elle a énormément appris. Elle se remet, reste déterminée : “j’ai plein de failles dans ma vie artistique et personnelle mais pas dans ma vie pro. Concernant ma boîte, je n’ai pas de doute et si j’en ai, je m’en sers comme d’une force pour avancer”. En 2017, elle lance Joone, une marque de couches “saines, stylées et made in France”, qui se fixe pour mission d’amener de la transparence dans cette industrie dominée par des géants. Décidément, tout est transparent chez elle.

Son quotidien est intense, en travail, tout comme en joie. Elle nous accueille dans ses nouveaux bureaux, où travaille son équipe de douze personnes (dont deux hommes !). On y chante beaucoup. On y croise des petits chiots.

Vivez une journée avec Carole Juge-Llewellyn.


5h30

Je prie tous les matins en me levant, pendant dix minutes, c’est une forme de méditation pour moi. Ensuite, j’essaie de faire du yoga ou un peu de sport pendant quinze à vingt minutes pour réveiller mon corps.

Quand je suis en phase d’écriture, je suis obligée d’avoir une routine pour me dégager du temps de qualité. En général, après le sport je lis un petit peu, tout sauf mes mails. Puis, j’écris ; soit de nouvelles choses soit je corrige ce que j’ai fait la veille. J’y consacre 45 minutes à 1h30. Comme ça, c’est fait dès le matin. C’est contraignant parce qu’il faut se lever tôt mais le soir, je serais beaucoup trop fatiguée pour écrire la moindre ligne. Je profite également de mes vacances pour avancer dans l’écriture. Je me fixe un objectif de 2000 à 3000 mots par jour. Ce ne sont pas des vraies vacances, mais c’est toujours agréable de travailler dans un environnement différent et de changer mes habitudes.

Quand je n’écris pas, je ressens une forme de vide. En ce moment, je suis dans la phase de “digestion” de mon prochain livre. Je me laisse le temps de développer mes idées, avant de passer à la rédaction du plan et du manuscrit.

 
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8h00

J’arrive au bureau entre 8h00 et 8h30. L’équipe, elle, arrive entre 9h00 et 9h30, ce qui me laisse une heure devant moi. Ce moment de solitude est précieux car je ne suis pas interrompue. Ça me laisse le temps de lire tous mes mails, répondre aux coups de fil de la veille et avancer sur ma to do. J’ai besoin de ce temps à moi.


9h00

C’est l’heure du sprint, une réunion avec toute l’équipe qui lance la semaine. Je fais un petit speech sur les actions de la semaine précédente, la priorité pour la semaine à venir, les besoins de l’équipe.

Le lundi matin, j’enchaîne avec “le big four”, le comité stratégique qui réunit les quatre chefs d’équipe. Nous faisons très peu de réunions, mais ce rendez-vous est important pour faire le point sur les différents projets. Le mercredi matin, on fait aussi une heure de “culture Joone” où on se pose tous ensemble pour avancer sur des sujets en rapport avec notre identité et essayer de se faire grandir les uns les autres.


Vous avez lu un extrait de la revue Bossie 01. Pour lire l’article dans son intégralité, c’est par ici !

 

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