Axelle Tessandier : "J'ai toujours eu du mal avec l'idée d'avoir un job classique"

Photos : Vincent Desailly pour Bossie Media | Chez Mona by My Little Paris

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Comment se retrouve-t-on sur la scène de Bercy devant des milliers de personnes à introduire le discours de celui qui deviendra le Président de la République ? La chance ? Un peu. Le courage ? Beaucoup. Pour ce premier numéro, nous ne pouvions avoir de meilleure marraine que l’audacieuse et inspirante Axelle Tessandier. Elle réunit toutes les qualités que nous souhaitons voir en Bossie : un mélange d’optimisme, d’énergie et de bienveillance. Celle qui a vécu aux côtés des hippies de Californie s’est prêtée volontiers à l’exercice du grand entretien. A travers une série de citations, elle répond aux questions des grands sages de l’Humanité.

 

 
Choisissez un métier que vous aimez et vous n’aurez plus jamais à travailler de votre vie.

— Confucius
Photos : Vincent Desailly

Photos : Vincent Desailly

 

Bossie : Tes activités sont multiples, as-tu l’impression d’avoir choisi ton métier ?

Axelle : J’avais l’impression d’inventer mon métier en créant AXL Agency, mon agence de conseil. Je voulais faire de ma curiosité quelque chose. J’ai toujours eu du mal avec l’idée d’avoir un job classique, dès qu’on me met dans une case, j’ai envie d’en sortir. J’ai besoin de garder plusieurs vies ; c’est pourquoi j’aime parler de vocation plutôt que de métier. L’objectif c’est de faire quelque chose à la fois qui te passionne et qui rencontre les besoins de la société. Les projets passion, ce sont aussi de grandes douleurs et de grandes angoisses. La question qu’il faut se poser, c’est : pour quoi suis-je prête à souffrir ?

Un monde idéal, avec 99% des gens engagés dans leur travail, ça donnerait des sociétés complètement différentes. Il faut qu’on réfléchisse à de nouveaux métiers, ce n’est pas un débat d’enfant pourri gâté !

 
J’ai appris que le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité à les vaincre.
— Nelson Mandela
 

Bossie : Qu’est-ce que cette citation t’inspire ?

Axelle : Ce qui fait le héros c’est le courage. Je me dis souvent que plus ça me tient à cœur, plus j’ai peur. Je ne supporte pas de refuser une opportunité à cause de la peur. Le pire péché c’est de passer à côté de son potentiel. La vérité est toujours sur la crête de la peur. Bercy en est l’exemple parfait. Faire un speech devant des milliers de personnes, c’est terrifiant mais c’est aussi pour ça que c’est une opportunité géniale. La peur ne part jamais, tu la traverses. En revanche, le cerveau est un muscle ; il apprend.

J’ai besoin de me dépasser pour me sentir exister et grandir. J’ai l’impression que les femmes osent moins, c’est dommage. Les femmes peuvent tout. Je ne suis pas une activiste mais je suis féministe. J’espère qu’à mon échelle, j’aide. J’y pense tout le temps. A la fin de mes discours, je remercie mes soeurs à chaque fois. Je pense à l’impact que ça peut avoir.

 
Photo : Vincent Desailly

Photo : Vincent Desailly

La rigueur vient toujours à bout de l’obstacle.
— Léonard de Vinci
 

Bossie : Es-tu du genre rigoureuse ? Tu penses que c’est indispensable ?

Axelle : Je suis hyper disciplinée. La créativité se nourrit de contrainte. J’ai mes rituels quotidiens comme la méditation et l’écriture. Après avoir lu le livre The Artist Way [de Julia Cameron, ndlr], tous les jours depuis le 6 juin 2016 (j’ai une obsession pour les dates !), je tiens un journal et écris 750 mots par jour. Si je m’écoutais, je pourrais manger tous les jours la même chose. Tous les artistes ont une routine ; c’est un encadrement qui permet de laisser libre cours au reste. Pendant la campagne c’était plus dur de conserver mon rythme car on était tout le temps dans la représentation. Je suis beaucoup plus introvertie qu’il n’y paraît, j’ai besoin de solitude. Mais je savais que la campagne n’allait durer qu’un temps, alors j’ai tout donné. J’adore essayer de trouver des cycles. On ne peut pas être à fond tout le temps. Il faut tout donner puis relâcher.

Bossie : Que penses-tu de cette citation d’Albert Camus : “Il n’y a pas de honte à préférer le bonheur” ?

Il y a une expression qui dit que  “le pessimisme n’est pas toujours profond et l’optimisme n’est pas toujours niais”, je suis complètement d’accord. Il n’y a pas de honte à être optimiste. 

Pour autant, je ne sais jamais quoi répondre à la question “est-ce que tu es heureuse ?”. Moi je cours après le sens, plus que le bonheur. Donner un sens à ma présence sur cette planète ; c’est de là que me vient ma source de satisfaction.  Le bonheur n’est pas juste une succession de moments heureux, c’est la capacité à saisir le moment. Avant mon speech de Bercy, je me suis obligée à écrire “kif” sur ma main gauche. Il faut savoir reconnaître le moment de bonheur quand il est là, parce qu’il s’échappe très vite. On ne sait pas de quoi demain sera fait. J’ai eu la chance de vivre de grands moments de bonheur. Le 23 avril en fait partie. Quand il [Emmanuel Macron] est arrivé premier au premier tour, j’ai éprouvé une émotion vertigineuse, je ne l’oublierai jamais ! C’est ta petite histoire qui rejoint la grande ; ça devait être impossible mais on l’a fait. 

S’aimer soi-même est le début d’une histoire d’amour qui durera toute une vie.
— Oscar Wilde


Bossie : Quelle est ta relation avec toi-même ? Qu’est-ce que tu aimes chez toi ?

Je parlerais beaucoup plus facilement de mes défauts que de mes qualités ! Je suis convaincue que tout ce qu’on cache, c’est notre trésor. Mais il m’a fallu du temps pour accepter ça. J’aime certainement mon côté misfit, ma liberté. J’espère être quelqu’un de très libre. C’est si facile de perdre sa vérité quand la société et la famille t’envoient plein d’injonctions. J’aime la vérité que j’arrive à construire ; ma façon de cultiver ma liberté. J’ai encore besoin du regard des autres mais je fais des progrès. J’aime ma discipline, ma créativité en a besoin. Je suis aussi très loyal. Avec moi, « what you see is what you get ». J’aime protéger les gens que j’aime ; la fourberie, la perfidie, ce n’est pas dans mon ADN. 

Bossie : J’adore cette citation de Marie Curie : “Dans la vie, rien est à craindre, tout est à comprendre.” Je trouve qu’elle te correspond aussi beaucoup. On dirait que tu n’as peur de rien !

On a peur des choses qu’on ne connaît pas. J’avais très  peur de l’avion alors j’ai lu plein de trucs pour comprendre comment ça marche ! Il faut remplacer la peur par la curiosité. Les gens les plus intéressants sont les plus curieux. Ce n’est pas une question d’âge ; Jean d’Ormesson, Johnny Hallyday, étaient des grands curieux. Les artistes sont des gens qui n’ont jamais tué l’enfant intérieur, des appreneurs constants. 

 

Bossie : pour conclure, j’ai envie de te faire réagir à ces paroles d’Einstein : “Je ne pense jamais au futur, il arrive bien assez tôt.” Tu es du genre à faire des plans à 20 ans ou à vivre dans l’instant présent dont tout le monde parle :-) ?

Je suis très anxieuse. Alors j’essaie de canaliser mon envie excessive de me projeter dans l’avenir. La vie a tellement plus d’imagination que nous ! Quand tu fais des plans, tu passes à côté du moment et donc à côté de plein de choses. Aujourd’hui je comprends mon hypersensibilité n’est pas un fardeau, c’est ma meilleure amie et mon intuition mon alliée. Je pense à l’avenir parce que j’ai envie de l’écrire, mais je reste dans l’intuition du moment. Le coeur vient toujours avant la tête, c’est le conseil que je donne à tous mes ami·e·s. Mon engagement et ma liberté seront toujours là, quelle que soit la forme. Comment vais-je vibrer en 2018 ? Qu’est ce qui va continuer à faire battre mon cœur ? Je ne sais pas encore, mais je veux vivre intensément.