Bossie Muses : Dorothée Barth et Coline Mazeyrat

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Fondatrices de la marque Juste & Honnête, elles produisent des tampons bio’ et nous inspirent

Allison @TeamBossie | 5 minutes | #bossiemuses

Fondatrices de la marque Juste & Honnête, Dorothée Barth & Coline Mazeyrat ont décidé de bousculer les codes de représentation de nos menstruations ! Elles, qui en avaient marre de voir des pub’ promouvant des produits toxiques, où nos règles sont couleur bleu-alien, proposent des protections hygiéniques en coton biologique par abonnement. Toute une gamme de produits sains et sans danger, alliés à un système de ventes par correspondance, pratique. JHO c’est aussi un engagement plein de sororité ! Eh oui, la marque collabore avec l’ONG Girls Excel et Gynécologie sans frontières, qui fournissent des protections hygiéniques aux femmes en situation de grande précarité, en France comme à l’étranger. Rencontre avec ces deux fondatrices qui depuis L’Origine du monde, contribuent à améliorer celui de demain.

Comment se retrouve-t-on à plaquer une carrière dans le journalisme pour Dorothée et dans le marketing pour Coline, à Paris, pour monter sa boite en province et dans le secteur de l’hygiène féminine ?

Dorothée : J’étais déjà spécialisée dans le domaine de la santé en tant que journaliste mais j’étais arrivée à une certaine finalité avec cette carrière. C’est un métier difficile où notre propre déontologie rentre, plus souvent qu’on ne le croit, en conflit avec les objectifs du métier. Le jour où mon mari m’a annoncé qu’il était muté à Nantes, je n’ai pas hésité une seconde, j’ai tout plaqué.

Coline : Pour ma part, le processus psychologique était un peu le même : sans en être insatisfaite, je ne trouvais pas non plus un profond sens dans mon travail et la vie parisienne m’étouffait. On voulait partir avec mon compagnon donc quand le premier de nous a trouvé un job à Nantes, on a aussi tout plaqué ! JHO est née quelques années après…

Et alors, comment le concept JHO est-il né ?

Coline : Quand Dorothée est arrivée à Nantes, elle a fait la rencontre de Rob Spiro, fondateur et directeur de l’incubateur Imagination Machine, où elle devait intégrer un poste en communication. C’est lui qui lui a donné l’idée de ce concept qui existe déjà aux Etats-Unis : le tampon bio distribué par abonnement.

Dorothée : À cette époque, je n’étais pas non plus passée à côté du scandale médiatique autour du choc toxique en tant que journaliste santé. Tous les questionnement relatifs aux composants de nos tampons et autres protections intimes, était un sujet que nous avions toutes en tête alors ça m’a tout de suite parlé et j’ai réalisé que c’était ce que je recherchais pour le futur de ma carrière professionnelle. Il me fallait une partenaire pour concrétiser ce projet, avec un profil marketing. En en parlant avec Coline, notre collaboration est juste apparue comme une évidence.

À propos de votre échange avec Rob Spiro, vous disiez dans une interview que c’est ‘sa vision américaine’ qui a permit de déceler votre capacité à diriger une entreprise. C’est encore dur de révéler les potentiel.le.s chef.fe.s d’entreprise de demain avec notre vision française ?

Dorothée : Rob Spiro m'a fait remarquer qu'en 10 ans de journalisme free-lance, j'avais acquis toutes les compétences pour devenir cheffe d'entreprise. Cet aspect ‘multi-compétences’ des professions free-lance n'est clairement pas assez mis en valeur en France, où l'on met les gens dans des cases, sans essayer de voir ce qu'il y a entre les lignes d'un cv.

Justement, vous avez aussi fait le choix de rester et de fonder JHO à Nantes. S’éloigner de la capitale est un choix qui parait souvent audacieux. Ça ne vous a jamais inquiété ?

Coline : Ça ne nous a jamais vraiment inquiété. Au moment de notre association nous étions toutes deux en recherche d’autres choses dans nos vies et dans nos carrières. Paris est une ville relativement contraignante. Par exemple, avec mon compagnon, on ne trouvait pas la qualité de vie qu’on espérait, même en s’éloignant de plus en plus loin dans la banlieue parisienne. On subit toujours le stress. Ça peut paraitre un détail futile, mais nous installer à Nantes nous a permis de retrouver un cadre vie plus en adéquation avec nos attentes même professionnelles.

Dorothée : On ne l’a vraiment pas vécu comme ça ! Ici nous avions déjà la connexion avec les gens de notre incubateur. La vie en province n’a surtout pas le même rythme que la Capitale. On concentre tous nos rendez-vous parisiens sur un ou deux jours et ça permet de vraiment passer du temps chez les copains-copines ! Le reste du temps, on travaille dans une atmosphère plus détendue et plus productive parce que le cadre de vie le permet. Chaque membre de notre incubateur prend le temps de s’entraider ; ça fait d’autant plus avancer les projets. Je dirais même que s’installer à Nantes nous a vraiment aidé à progresser et à atteindre nos objectifs plus vite quand nous avons lancé JHO.

Monter notre start-up en province nous a permit d’atteindre nos objectifs plus vite

Entre vos carrières précédentes et celle actuelle d’entrepreneures, c’est ‘tout pareil’ ou ‘tout le contraire’ ?

Dorothée : Pour moi, mon travail en tant que journaliste et mon travail au sein de JHO est le même. Quotidiennement il s’agit de mener une enquête : il faut décrocher son téléphone, poser les questions, aller sur le terrain, rencontrer les gens... Selon moi, l’entrepreneuriat n’est pas un métier : on apprend mille métiers en quelques mois. C’est une progression constante.

Coline : Je ne parlerai pas non plus de rupture entre mon ancienne carrière et ce que je fais aujourd’hui. Beaucoup des compétences précédemment acquises et d’expériences vécues me sont utiles et me permettent aujourd’hui de les consacrer à JHO. Toutefois c’est vrai que monter sa start-up autour d’un mode de commercialisation et de communication différent apporte une nouvelle vision à la stratégie.

On sent effectivement que vous vous adresser plus à une communauté qu’à de simples ‘clientes’.

Dorothée : C’est vrai que depuis le départ on a voulu instaurer un ton humoristique pour instaurer un climat de confiance et de proximité avec nos clientes. On aime le soin apporté à chaque chose, les petites attentions. On voulait aussi avoir une démarche didactique, ça nous semble important d’avoir cette transparence avec la cliente. Savoir comment sont fait nos produits, où, dans quelles conditions…

Coline : Et puis, c’est nous quoi ! On se marre ensemble !

Être une femme entrepreneure qui commercialise un produit uniquement destiné aux femmes, ça aide ?

Coline : Je pense que ça permet une meilleure approche. C’est notre intérêt premier de ne pas mettre de produits nocifs dans notre corps. On est concerné par notre produit donc on apporte le soin qui a été négligé jusque là par une grande majorité des marques existantes sur le marché.

Dorothée : Aider c’est peut-être pas le bon mot, mais en tout cas ça permet de savoir et donc d’expliquer à certains de nos interlocuteurs masculins que oui, les femmes ont leur règle tous les mois !

Vous avez également décidé d’afficher une marque engagée avec votre association aux ONG Girls Excel et Gynécologie sans Frontières.

Dorothée : Cela nous tenait à coeur. J’ai été volontaire de solidarité internationale de 2002 à 2004 à Madagascar. Cela m’a bien fait relativiser sur nos vies européennes et je m’étais rapprochée de la communauté féminine du village où j’enseignais. Donner du sens à la consommation change la donne. On transforme l’acte d’achat en un acte vraiment utile, pourquoi ne pas le faire ?

Coline : Aujourd’hui il me parait compliqué, en connaissant la situation, de confectionner des protections hygiéniques sans en faire profiter toutes les femmes.