Bossie Muse : Laura Brown

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Laura Brown remet l’humain au coeur des entreprises et nous inspire

Allison @TeamBossie | 5 minutes | Photo : Manuella Aubin

Quand j’arrive au 11L - espace de coworking parisien où Laura a ses bureaux avec son équipe et où elle suit le programme d’accélération lancé en septembre 2018  - je patiente le temps qu’elle termine un call. Son téléphone ne tarde toutefois pas à sonner à nouveau. C’est comme ça, la vie avec Laura. Ultra-sollicitée, elle ne manque cependant pas de prendre le temps de se consacrer entièrement à moi. Car c’est aussi ça, la vie avec Laura. Courir à mille à l’heure et se stopper net, pour être à 100% avec les gens, c’est crucial pour cette entrepreneure qui met l’humain au coeur de ses accomplissements. L’humain, c’est même son leitmotiv, le fil rouge de sa riche carrière et le pourquoi de ses rendez-vous, expressions créatives de la méthode de son agence, ils ont été lancés en juin dernier au sein du Phoenix Summit. Ateliers et moments de rencontre voire parfois de co-création, ils permettent aux professionnel.le.s de se révéler et d’oser s’engager dans leur voix. Rencontre avec l’unstoppable fédératrice d’humanité !

 

Diplômée de communication et de management, manager des ventes dans un grand magasin parisien, fondatrice d’Ethipop, un accélérateur de talents dans les domaines de la Mode, du Design et du Luxe Responsables, maintenant fondatrice et CEO de Phoenix Brain Rising, un organisme de conseil et accompagnement des industries créatives et culturelles alliant hard skills et soft skills et qui a lancé en juin dernier le Phoenix Summit, 5 rendez-vous à destination des professionnel.le.s du secteur avec un réel focus sur l’humain…  Tu ne t’arrêtes jamais ?

C’est vrai que les gens ont très largement cette vision de moi, cette image de la fille qui court partout, ultra-speed et qui ne s’arrête jamais mais je ne dirais pas que c’est ça, mon rythme habituel. En ce moment, je suis en période de consolidation de l’entreprise Phoenix Brain Rising et la cadence est soutenue parce que j’ai des impératifs mais j’essaie de ne plus être dans cette cadence effrénée que l’on a pu ou que j’ai pu m’imposer. Selon moi, cette cadence qui était la norme à une certaine époque ne peut, de toute façon, plus fonctionner, ce n’est pas sain.

J’ai aussi pris davantage conscience de la notion de temps, de sa préciosité : je prends beaucoup plus de plaisir à consacrer encore plus de temps à mes amis dans ma vie personnelle et, dans ma vie professionnelle, j’ai ré-appris à me concentrer sur ce qui est essentiel personnellement, et ce qui apporte du résultat dans le cadre de mon activité professionnelle. Je considère toujours mon rythme comme soutenu mais d’une toute autre façon : plutôt que d’être dans ” le speed”, je suis désormais extrêmement focus et ça n’est pas du tout le même type d’intensité, mon énergie est dépensée dans des choses plus profondes.

 

La recherche de profondeur justement, cette fameuse “quête de sens”, s’agit-il pour toi d’avoir un impact à travers les projets que tu bâties, que ce soit pour Ethipop ou Phoenix Brain Rising ? 

Je pense que mon objectif est bien plus profond que de juste avoir un impact. Tout le monde se lève le matin en espérant en avoir un minimum, que ce soit sur sa vie de famille ou professionnelle, la progression de son entreprise…  J’ai envie de m’écouter, trouver ce qui résonne en moi pour en faire quelque chose. Au-delà de l’impact, l’important est la démarche. Passer à l’action pour aider l’autre.

Il est très important pour moi d’allier mon bien-être, la multi-pluralité de mes compétences à cette motivation principale. Mon but ce sont des choses plus lointaines que l’impact, qui est un résumé de ma réflexion : on passe beaucoup de temps au travail, mon questionnement réside davantage dans le ‘comment, avec ça, on peut aider les gens à être à l’aise dans leur vie professionnelle grâce au travail que l’on fait avec les entreprises ?’

 

Aider l’autre, l’humain… Une obsession depuis longtemps ?

Complètement ! Je me suis rapidement posée la question de ce que je peux apporter au monde. Mes pensées vont très vite aux gens dans le besoin, notamment ceux en ce moment que l’on croise partout. Quand on y réfléchit, on se rend vite compte que tout n’est qu’une histoire d’opportunités à saisir et/ou à créer, de choix liés à son cursus scolaire ou professionnel mais aussi de vie. Certains ont la possibilité d’avoir plus de choix, d’autres moins voire pas du tout.  L’important est de savoir rebondir et travailler sur sa confiance en soi. Je suis assez spirituelle comme personne et je crois beaucoup à l’équilibre, au ying et au yang. Il ne faut jamais oublier que nous aussi, on peut avoir un jour besoin d’aide. Il faut, au mieux, ranimer et faire grandir la solidarité et utiliser notre/nos talent(s) pour le faire à son niveau.  

J’ai aussi une très forte conscience de mon histoire personnelle avec des parents qui ont du fuir une guerre pour que je puisse avoir une chance de vivre décemment. Mon père a dû partir parce qu’il était sincère, franc et honnête. Cela m’a beaucoup marquée, je garde de cet héritage l’importance d’exprimer les choses. Il est très important de s’exprimer avec beaucoup de franchise, le consensus est important mais il faut savoir aussi trancher, prendre des décisions car être dans ce que j’appelle “l’eau tiède” ne permet pas d’avancer, car la denrée rare, c’est le temps.

 

 

  

Phoenix Brain Rising et les Summit reposent justement sur l’humain mais surtout l’humain épanoui au sein de son entreprise (ou dans ce qu’il entreprend). De ton côté tu es en pleine consolidation de ton équipe. C’est formateur, dans ce sens, de monter son équipe et d’asseoir son entreprise ?

Ce qui est génial, c’est que je développe mon équipe avec deux amies et on est bien ensemble ! C’est aussi cette possibilité de pouvoir avoir des doutes et qu’elles soient toujours là pour me permettre d’y voir plus clair, de la même manière que je les guide grâce à la vision. Nous avons une organisation très horizontale.

On teste des choses, on met en pratique nos outils et valeurs, dans nos propres expériences et ça, ça nous apprend énormément sur soi et sa relation à l’autre.

Je n’ai pas la science infuse, il faut prendre le temps d’apprendre, prendre du recul pour aider à rationaliser ce qui doit l’être et continuer à avancer. Il faut apprendre à se connaître, il n’y a pas de secret. Dans une période de stabilisation comme celle que nous traversons, les phases de transitions sont normales parce que ce sont des périodes moins stables avec plus d’inconnues, c’est tout le sujet de Phoenix Brain Rising : apprendre à gérer l’incertitude, être agile, flexible, évoluer grâce aux bons outils, s’élever, se transformer.

 

La peur, c’est ce qui bloque encore pas mal de personnes ou organisations aujourd’hui ?

Ça et les croyances, oui clairement. Mais c’est tout à fait normal. Je ne pense pas que ce soit négatif  d’avoir peur, c’est un automatisme de notre cerveau et heureusement qu’il fonctionne pour pleins de choses mais pas pour le changement, le cerveau ne veut pas nous mettre à risque et essaye parfois de nous mener dans des zones de sécurité qui ne permettent pas toujours d’avancer voire d’innover. Car il faut le dire, entreprendre voire intraprendre c’est challenger ou bousculer un peu les choses ce qui n’a rien de naturel et on est même parfois à contre-courant.

Mais il faut passer cette étape. J’aime beaucoup, à ce sujet, citer le Ted Talk de Tim Ferriss sur le fait de faire un choix versus ses peurs qui nous empêchent de faire ce ou ces choix. Il y explique l’importance de connaître davantage ses possibilités et hypothèses liées aux choix et aux peurs qui surviennent. Plutôt que d’être constamment à la course aux objectifs, il nous fait réfléchir à nos choix et mécanismes ainsi que sur l’impact qu’ont les décisions ou nos non-choix voire l’immobilisme. Et aussi, si ces peurs se réalisent, ‘comment réagir et les rattraper’. Ce qui est beau, c’est que 90% des gens qui dépassent leur peur vont généralement encore plus loin une fois qu’elle est dépassée. Les peurs sont plus des portes ouvertes sur des possibilités, sur ses multi-potentialités et tout ce qui se passe ensuite, lorsqu’on passe outre, est formidable. Derrière chaque challenge, il y a des réalisations extraordinaires : on tire toujours quelque chose de positif dans le dépassement de soi.

C’est aussi ce que représente Phoenix aujourd’hui : dépasser la logique purement financière liée au travail qui seule, peut être très néfaste sur l’humain. Nous pensons qu’il faut bien sur se sécuriser, et que le ROI est une manière de mesurer à posteriori mais pas du tout le moyen de “leader”, “driver” ou accompagner un projet et les hommes qu’il y a derrière. Il faut remettre l’humain au centre de l’entreprise et de ses prises de décisions que cela soit le client, les équipes ou les partenaires. Il faut donner à chacun les outils pour s’épanouir et vivre pleinement tous les aspects de sa vie professionnelle. En tout cas, c’est là que nos actions se concentrent dans le développement des entreprises des industries culturelles et créatives que nous accompagnons.

Les prochains rendez-vous Phoenix Summit ‘Reinvent yourself', c’est les 25 & 26 octobre prochain, ne les manquez pas !