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Making-of #1 : Une revue féministe ?

· Réflexion

Depuis que j’ai créé Bossie, on me pose souvent cette question : comment es-tu devenue féministe ? A travers les interviews que j'effectue, je constate effectivement que pour beaucoup de femmes, le féminisme a été un apprentissage. Le déclic a pu venir d’une lecture, d’un événement, d’une rencontre ; dans tous les cas, il y a un "avant” et un "après”.

Pour ma part, je ne sais pas répondre à cette question. Aussi longtemps que je m’en souvienne, j’ai toujours été féministe.

Enfant, je faisais deux têtes de plus que les garçons de ma classe. Certainement l’acte féministe le plus radical de ma vie ; complètement involontaire. De nature ambitieuse, j'ai toujours été incapable d’accepter la réalité telle qu’elle est. Pourquoi ? Je ne sais pas. Contrairement à mes copines, mon obsession n’était pas de séduire le bad boy de l’école - perte de temps - mais de quitter la cité le plus vite possible. Je voulais être le héros de mon conte de fées, pas la princesse, parce que les princesses ne font pas grand chose (je déteste m’ennuyer) et que je n'avais pas envie d'attendre.

Adolescente, j’ai découvert que j’aimais le sexe, que je n’aimais pas faire la cuisine et plus que tout, que je voulais être libre. Bref, j’ai très vite compris que ma personnalité débordait de la case “femme” et que ça allait être un problème. J’ai repéré progressivement les signes du conformisme social : les moqueries de mes camarades, les remarques des professeur.e.s, l’image de la femme dans les médias, la différence de traitement entre les hommes et les femmes de ma famille… Je n'avais pas encore lu de Beauvoir mais j'en ai déduit qu'on essayait de me briser pour me faire rentrer dans un moule. J’ai esquivé les attaques et me suis forgée une carapace.

Le féminisme s'est manifesté chez moi comme une démarche de développement personnel

Le féminisme pour moi, avant d’être un combat politique ou social, a signifié la volonté d’être moi-même. Je n’avais pas envie de faire semblant d’être idiote, d’être fragile, d’être frigide, d’être timide, par peur de déplaire aux autres et aux hommes en particulier. Je n’avais envie de cacher ni mes rêves, ni ma créativité. Je voulais qu’on me laisse être moi, sans me culpabiliser (“tu seras une mauvaise mère !”), sans me faire peur (“tu vas finir ta vie seule !”), sans m’insulter (“tu es une pute !”). Le féminisme s’est manifesté comme une démarche de développement personnel, une façon d'affirmer ma personnalité véritable. Je n’étais pas contre quelque chose, j’étais pour moi.

Progressivement, mon féminisme s’est teinté d’activisme quand j’ai compris que je ne pourrai pas être complètement moi-même seule, alors que d’autres femmes sont muselées et que la société continue de véhiculer des mensonges et de la violence. S’est développée l’envie de vivre dans un monde juste, où les femmes peuvent être libres. Pourquoi ? Parce que c’est tout simplement un monde dans lequel je me sentirais bien. J’ai créé une association, puis Bossie, pour promouvoir cette vision et transformer la culture. Néanmoins, je suis convaincue que mon action la plus féministe reste de me lever le matin avec bonheur et de continuer de croire en mes rêves.

Etre féministe, c'est se donner toutes les chances d'être soi

Etre féministe, ce n’est pas toujours manifester avec une pancarte dans la rue. C’est aussi se donner toutes les chances d’être soi. C’est s’accepter et s’aimer radicalement. Si Bossie peut aider les femmes à cela, alors c'est un projet résolument féministe.

Yolande.
 

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